Demander à un ami de vous rembourser, sans y perdre l'amitié
Réclamer de l'argent à quelqu'un qu'on aime est l'un des rares gestes que personne n'apprend. Voici pourquoi c'est dur, et ce qui fonctionne vraiment.
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Il vous doit trente-huit euros depuis six semaines. Vous y pensez à chaque fois que vous le voyez, vous ne dites rien, et à force de ne rien dire, la somme a pris une importance qu'elle n'avait pas au départ.
Ce n'est pas une question d'argent. Trente-huit euros ne changent la vie de personne. C'est que réclamer met en jeu autre chose : la crainte de passer pour mesquin, la peur de créer une gêne, et l'impression désagréable de transformer une amitié en relation de créancier à débiteur. Personne n'apprend à faire ça.
Voici ce qui fonctionne, et surtout ce qui se met en place avant, pour ne plus jamais avoir à le demander.
Pourquoi c'est si difficile
Trois mécanismes se combinent, et il est utile de les nommer, parce qu'ils expliquent tous les mauvais réflexes.
Le silence coûte moins cher sur le moment. Ne rien dire évite une gêne immédiate, au prix d'une gêne diffuse qui dure des semaines. Le calcul est mauvais, mais il se refait tout seul chaque jour.
Le temps change la nature de la demande. Réclamer le lendemain est une formalité. Réclamer deux mois plus tard est un reproche, parce que la question devient implicitement « pourquoi ne l'as-tu pas fait de toi-même ? ». C'est l'attente qui rend la demande agressive, pas la demande.
L'autre a très probablement oublié. C'est le point que tout le monde sous-estime. Dans l'immense majorité des cas, il n'y a aucune mauvaise volonté : la personne ne sait plus combien, ne sait plus si c'était réglé, et n'ose pas demander non plus.
Les quatre phrases qui marchent
Elles ont trois choses en commun : elles donnent un montant précis, elles disent d'où il vient, et elles laissent une porte de sortie.
Le rappel neutre, avec le chiffre. « Au fait, pour le week-end, ça fait 38 € de ton côté. Je te mets mon IBAN ici pour que tu l'aies. » Un montant exact et une raison suffisent. Ni excuse, ni justification, ni « désolé de te demander ça » : s'excuser transforme un dû en faveur, et rend la situation plus gênante, pas moins.
Le récapitulatif partagé. « J'ai fait les comptes du voyage, je vous envoie le détail. Dites-moi si j'ai oublié quelque chose. » Celle-ci est la plus efficace de toutes, parce qu'elle ne s'adresse à personne en particulier. C'est le document qui réclame, pas vous. Et l'invitation à corriger désamorce l'idée que vous imposez vos chiffres.
La proposition de solde croisé. « Je crois qu'on est à peu près à l'équilibre depuis le resto de mars, il te resterait 12 €. On solde ? » Utile entre deux personnes qui s'avancent des choses en permanence. Elle transforme une créance en mise à plat, ce qui est beaucoup plus facile à recevoir.
La relance après un premier rappel. « Je relance juste pour les 38 €, dis-moi si c'est plus simple en plusieurs fois ou plus tard dans le mois. » Le fait d'ouvrir sur un délai ou un fractionnement est ce qui change tout. Il arrive qu'on ne rembourse pas parce qu'on ne peut pas, et que le silence soit de la honte plutôt que de l'oubli.
Le bon moment
Il y en a trois, et un seul est vraiment bon.
Tout de suite, c'est le meilleur. À la fin du repas, à la sortie du magasin, le soir du retour. La dépense est fraîche, tout le monde a le montant en tête, et la demande n'est encore qu'une information.
À une date annoncée d'avance, c'est presque aussi bien. « On fait les comptes dimanche soir » posé au début d'un voyage rend la mise à plat attendue, donc neutre. Personne n'est pris en défaut, puisque la date était connue.
Quand ça vous pèse, c'est déjà tard, et c'est quand même le bon jour. Si vous y pensez régulièrement, le sujet existe déjà dans la relation : le taire ne le fait pas disparaître, il l'installe. Une phrase courte aujourd'hui coûte moins que trois mois de non-dit.
Ce que vous ne devriez pas avoir à faire
Toutes ces phrases sont des rattrapages. Elles réparent un manque en amont : personne ne savait qui devait combien, y compris vous.
Un décompte tenu au fur et à mesure, visible par tous, supprime la demande elle-même. Non pas parce qu'il force à payer, mais parce qu'il retire à la situation ce qui la rendait pénible : il n'y a plus quelqu'un qui réclame et quelqu'un qui est réclamé, il y a un chiffre que les deux personnes voient.
C'est exactement le rôle de Kotisso. Chacun note ce qu'il avance, sur le moment, en dix secondes. Chacun voit son solde sans avoir à demander, ce qui est le point qui compte : le solde n'est pas une réclamation, c'est un état. Et à la fin, l'application propose le plus court chemin pour revenir à zéro, au pire un virement de moins qu'il n'y a de participants.
Le décompte s'exporte aussi en tableur ou en PDF, ce qui règle le cas le plus délicat : celui où il faut envoyer les comptes à quelqu'un qui conteste. Un document qui détaille chaque ligne se discute ; un montant annoncé de mémoire se défend.
Tout ce qui touche au décompte est gratuit, et aucun compte bancaire n'est à connecter.
Questions fréquentes
À partir de quel montant faut-il réclamer ? La question n'est pas le montant, mais la fréquence à laquelle vous y pensez. Cinq euros auxquels vous repensez chaque semaine méritent une phrase ; cinquante euros que vous avez réellement oubliés n'en méritent aucune.
Et si la personne ne rembourse toujours pas ? Après deux rappels espacés et une proposition d'échelonnement, considérez que la somme est perdue et cessez de relancer. Vous choisissez alors entre l'argent et la relation, et il vaut mieux le choisir consciemment que le subir. La seule décision utile ensuite est de ne plus avancer d'argent pour cette personne.
Faut-il réclamer les petites sommes d'un couple ou d'une colocation ? Ce ne sont pas des créances, ce sont des soldes qui courent en permanence, et c'est normal. Ce qui compte est de les mettre à plat à date fixe, pas de les réclamer à l'unité.
Comment demander sans donner l'impression de compter ? En comptant à l'avance et pour tout le monde, plutôt qu'après coup et pour une personne. Un décompte annoncé au départ n'est jamais reçu comme de la mesquinerie ; le même chiffre sorti trois semaines plus tard, si.